Lieu de promenade idéal pour un dépaysement léger, la butte aux Cailles possède aussi quelques adresses qui méritent une halte. Tel un village à double facette, l'endroit a un authentique charme provincial, puis entre en ébullition quand, dès le soir venu, les bars se remplissent. Un endroit à découvrir, avant que la modernité n'aplanisse tous ses reliefs.
Proche de la place d'Italie, la butte aux Cailles est à la fois une curiosité géographique et un quartier distinctif au sein du 13e arrondissement. S'il fallait le délimiter, le boulevard Auguste-Blanqui (au nord), la rue Bobillot (à l'est), la rue de Tolbiac (au sud) et la rue Vergniaud (à l'ouest) seraient une enceinte possible. A l'intérieur de ce périmètre, se dresse un secteur caractéristique fait de petites rues, d'artères étroites et de passages. Aussi, le plan prend du relief : avec ses "soixante-trois mètres virgule trois", la butte aux Cailles est le point culminant de Paris (plus haut que la butte Montmartre et que la montagne Sainte-Geneviève).
A l'abri de grands axes, la butte aux Cailles est imprégnée d'un calme relatif ; on peut songer à un bourg où demeurent quelques places paisibles. Et puis, sur la colline, de vieilles pierres, des noms stimulent l'imaginaire : "Cailles", "rue de l'Espérance", "place Paul-Verlaine", "rue du Moulin-des-Prés", "rue des Cinq-Diamants"... A la faveur de voies quasi-piétonnes, la balade est poétique ; on se dit aussi que, avec un nom pareil, l'endroit devait jadis regorger de petits oiseaux des champs et des prés, proches de la perdrix. Mais un détour par l'histoire nous sort de la rêverie.
PROMENADE DANS LE TEMPS
Quelques siècles plus tôt, la butte est quasi-désertique. Hormis un corps de ferme, c'est la campagne. Le lieudit s'appelle d'abord la "butte Caille" puis la "butte de Caille". Caille est un nom propre ; Pierre Caille acquiert le domaine en 1543.
Autour de la colline coule la Bièvre, une petite rivière dédoublée le long de laquelle s'implantent des moulins. Plus tard, le cours d'eau attire les tanneurs, les pêcheurs d'écrevisses. Aujourd'hui, la Bièvre a complètement disparu dans de souterraines canalisations.
Petit à petit, la butte aux Cailles est cernée par l'urbanisation. Curieusement, comme il ne s'y passe rien pendant des siècles, l'endroit n'est jamais cité dans les annales historiques ou les premiers guides touristiques.
Jamais ? Si, une fois. Le 21 novembre 1783, une montgolfière avec, à son bord, Pilâtre de Rozier et le marquis d'Arlandes atterrit sur le mont. Pour la butte aux Cailles, l'épisode de ce premier vol serait davantage glorieux si les deux protagonistes ne reconnaissaient pas, dès leur atterrissage, avoir été malencontreusement guidés par les hasards du vent...
Le siècle qui suit, l'endroit, annexé par Paris en 1860 (avant, la butte appartient à Gentilly), est un lieu de misère où cohabitent artisanat (vannerie, tannerie), marchands de charbon, de bois, de nombreux ouvriers et une colonie de chiffonniers.
L'actuelle rue de la Colonie y fait encore référence aujourd'hui (tout comme la place de la Commune-de-Paris, à l'angle des rues Buot et de l'Espérance, commémore les fédérés de la butte aux Cailles qui, en 1871, ont repoussé à quatre reprises les troupes versaillaises).
Au gré des principes d'un urbanisme moderne, la butte évolue. Le belvédère, avec vue sur la capitale, est de l'histoire très ancienne. Demeure, cependant, ce village perché qui repose sur les galeries d'une vieille mine de calcaire ; raison pour laquelle la butte aux Cailles ne peut supporter de constructions massives...
BONS VIVANTS
Le 13e a beau être l'arrondissement de Paris qui dispose de la plus grande surface d'espaces verts, il n'y a pas beaucoup de verdure sur la butte. Par contre, les sportifs peuvent se rabattre sur la remarquable piscine art nouveau (1924), située place Paul-Verlaine.
La place est aussi un point de départ pour la rue de la Butte-aux-Cailles. Celle-ci comprend une multitude de bars et de restaurants. Et, avec la rue des Cinq-Diamants, elle s'anime dès la fin de l'après-midi, dès le début de l'happy hour...
A observer cette foule de jeunes gens qui commandent force bières, on a l'impression que la butte est le lieu de ralliement privilégié des étudiants de Tolbiac et de Jussieu. "En fonction des heures de la journée, le quartier est radicalement différent. Ceci dit, le fait qu'il soit loin du centre de Paris le préserve du tourisme de masse", fait remarquer Nelly, habitante de la butte aux Cailles depuis quinze ans.
Ici, un récent cyber-café côtoie de vieilles enseignes - véritables vedettes du quartier -, comme Le Temps des Cerises, L'Auberge de la Butte, Chez Gladines (trois lieux recommandés) et des bars animés (et pas chers) comme Le Merle Moqueur ou La Folie en Tête.
Avec ses lampadaires néo-rétro, ses rues pavées et ses bistrots, le tableau Vieux-Paris ne serait pas complet sans la présence d'un caviste. Le samedi, les promeneurs tomberont peut-être sur une journée de dégustation à La Cave du Moulin Vieux (4, rue de la Butte-aux-Cailles). Le reste de la semaine, Dominique et Fabien garantissent aussi un accueil sympathique, la possibilité de souscrire à un panier bio hebdomadaire (Le Campanier) et une bonne réserve de vins de propriété à tous les prix.
Riche en restauration diverse et en débits de boisson, le haut du village n'est cependant pas le lieu où l'on fait ses courses. La plupart des petits commerces se situent rue de Tolbiac. Aussi, trois fois par semaine, les habitants de la butte peuvent aller au marché. Il prend ses aises sur le boulevard Blanqui.
L'INSOLITE AU COIN DE LA RUE
Si, hormis le Théâtre 13 situé à quelques centaines de mètres, le quartier est plutôt pauvre en distractions culturelles, il réserve cependant quelques surprises.
La meilleure façon de l'appréhender est de déambuler. Et l'insolite est multiple. Les promeneurs sensibles à l'architecture apprécieront cette cohabitation - parfois improbable - d'immeubles anciens et modernes, de façades ordinaires et de petits pavillons avec jardin.
On recommande un passage Villa Daviel, impasse étroite bordée de deux alignements de maisonnettes identiques - sorte de coron incongru, fleuri et arboré. Toujours rue Daviel, le jardin intérieur cerné des constructions à colombage de "la Petite Alsace" vaut le coup d'œil.
Descendre ensuite la rue Vergniaud jusqu'à la Cité florale ; là, l'étonnement est de taille : ça ne tient qu'en quelques rues, mais on ne se croirait plus du tout à Paris... Avant de quitter la butte, on peut repartir avec un souvenir. On recommande les créations originales de Jacques Castagne, fleuriste (meilleur ouvrier de France en 2004), installé au 192, rue de Tolbiac.
Plus exotique, Asian Antique Art propose, comme son nom l'indique, des objets et des meubles en provenance d'Asie ; ce grand dépôt-vente au cachet étrange est situé au 31, rue Vergniaud. Mais, plus généralement, c'est avec une sensation de léger dépaysement que l'on quitte la butte. Ce dépaysement peut prendre une autre tournure si l'on se dirige vers le quartier asiatique du 13e, ou s'arrêter net dès la place d'Italie ; tel un retour de province.
SE RESTAURER
Le Temps des Cerises (18, rue de la Butte-aux-Cailles)
Ouvert en 1976 sur le mode de la coopérative, cette adresse, où la gastronomie est française, est un bistrot au cachet ouvrier. L'enseigne propose trois menus ; elle a de nombreux adeptes, alors il faut arriver tôt (pas de réservation). Et éteindre son téléphone portable !
Chez Gladines (30, rue des Cinq-Diamants)
Dans la catégorie prix modérés, Gladines propose une cuisine du Sud-Ouest, et, plus précisément, du Pays basque (pipérade, chipirons à la biscaïana, poulet basquaise, etc.) ainsi que des salades immenses (moins de 10 €). A l'instar du Temps des Cerises, c'est un immanquable de la butte.
Des Crêpes et des Cailles (15, rue de la Butte-aux-Cailles)
Petite crêperie inventive où le service est sympa. La cuisinière est québécoise, mais les recettes sont bretonnes. Une halte salée, sucrée et très bon marché au cours de la balade.
L'Espérance (9, rue de l'Espérance)
Avec son menu à 10 € qui comprend une entrée, un plat, fromage ou dessert, et un quart de vin, L'Espérance a des allures de bon plan. Beaucoup en ont fait leur cantine.